L'intelligence artificielle vue par Michelin

(Paris, le 9 mai 2018)

Dès lors qu’on évoque l’intelligence artificielle en voiture, on pense en premier à Intel, Nvidia, Baidu ou encore Google. Mais pas à Michelin. Et pourtant, Bibendum a aussi des ambitions dans ce domaine. Depuis plusieurs années, la firme de Clermont réfléchit au moyen de tirer parti de la connectivité à partir des pneus. De fil en aiguille, un projet s’est mis en place pour collecter des données à partir d’une flotte de véhicules et de traiter ces informations dans le cloud, afin de déterminer des profils de conduite et d’en déduire les risques d’accident. C’est ainsi que le département DDI (Driving Data to Intelligence) a fini par être créé. Il a développé un boîtier connecté qui repose sur un GPS à haute fréquence. Cet outil pas comme les autres permet de remonter des données précises, qui sont ensuite moulinées et passées au crible des algorithmes créés en interne par Michelin.

Contrairement à d’autres applications, qui se basent sur les capteurs embarqués du smartphone ou sur un adaptateur branché sur le réseau CAN du véhicule, Bibendum ne fait pas du conseil en temps réel. Il analyse le comportement du conducteur sur la durée et en profondeur. Et il se base sur son expertise unique de la liaison au sol pour établir une notation globale sur la conduite et déterminer les risques d'accident.

Le concept a convaincu l'assureur Matmut, qui a décidé de faire installer la solution de Michelin auprès de 2 000 clients pour un test, qui doit durer jusqu'en 2019. L’offre a pour nom Matmut Connect Auto. Les deux partenaires précisent que le respect de la vie privée est garanti, et qu'aucune infraction routière ne sera remontée à l'assureur.

C’est un premier pas pour Michelin qui a aussi séduit l’éditeur de progiciel d'assurance Prima Solutions et le cabinet de conseil A’Capella, qui ont retenu la plateforme de DDI pour proposer une solution clé en main de Pay How You Drive (PHYD) aux assureurs. Michelin vise également des pétroliers et des acteurs de la mobilité. L’expertise en IA et en Big Data de la firme de Clermont peut aussi servir à prédire l’usure des pneus. Elle pourrait aussi intéresser les gestionnaires de réseaux routiers, avec par exemple une remontée de données qualifiées sur l’état des chaussées.

Cette perspective intéresse d’autres acteurs. La start-up Drust, qui se cantonnait encore récemment à l’analyse de la conduite à partir de données issues du réseau CAN, propose désormais de faire de sa plateforme un centre de développement pour l’intelligence artificielle. L’idée est de transformer sa base de clients connectés en « beta-testeurs » pour de nouveaux services de mobilité. Et à son tour la Prévention Routière mise sur l’analyse des données de conduite et leur traitement pour mieux comprendre les causes d’accident.