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IAR : Jean-Marie Chauvet (janvier 2008)

JMChauvet

Interview

Jean-Marie Chauvet, responsable projet biocarburants au pôle de compétitivité IAR (Industrie et Agro-Ressources)

« C’est incompréhensible de pénaliser les biocarburants dans le cadre du bonus malus »

Comment réagissez vous à l’annonce du gouvernement de ne pas intégrer les biocarburants dans les technologies qui donnent droit à un bonus ?

« C’est l’incompréhension qui domine ! Le dispositif de l’écopastille ne valorise pas l’avantage écologique des véhicules flex fuel. C’est ainsi qu’ils vont être “malusés” alors qu’ils réduisent de 40 % les émissions de C0² d’origine fossile, l’une des causes majeures des GES (gaz à effet de serre)! C’est difficile à comprendre, et surtout pour le  consommateur. Comment, en effet, peut-il comprendre et accepter qu’en achetant un véhicule flex fuel, il pose un acte positif vis à vis de l’environnement et la dépendance aux ressources fossiles et qu’on lui inflige un “malus écologique?
C’est incompréhensible.
Pour expliquer la problématique du CO², on peut prendre la comparaison avec “le bon et le mauvais cholestérol”. Ce qu’il faut limiter, au maximum c’est le “déstockage” du carbone fossile, provenant notamment de la combustion du pétrole (dans le rôle du “mauvais cholestérol”). Par contre, les biocarburants, renouvelables, “mettent en jeu” du carbone “issu des plantes et qui retourne aux plantes” (le “bon cholestérol”, neutre). Le schéma est simple; par photosynthèse, les plantes fixent le CO² de l’atmosphère pour leur croissance. Après transformation en biocarburant, éthanol ou biodiesel, et utilisation de celui-ci, le CO² issu de la combustion dans le moteur est rejeté dans l’atmosphère. En tenant compte de “la part d’énergie fossile” dans la fabrication, l’estimation courante du gain en CO² (CO² fossile évité) est aujourd’hui de l’ordre de 40% (chiffre pouvant varier selon les procédés et les pratiques). Sans même prendre une calculette, en défalquant la part de CO² renouvelable, toutes les voitures flex fuel proposées sur le marché sortiraient de la “zone malus”. Tout cela n’exclut pas de chercher à améliorer en permanence les bilans énergétiques et environnementaux des biocarburants... Mais, cette disposition, prise en compte du « bon CO² » dans le calcul des émissions, relèverait d’un minimum de cohérence ».

Que compte faire la filière des carburants verts pour convaincre les français de ne pas se détourner de la voiture propre ?

« Poursuivre ses actions ! Les acteurs de la filière bioéthanol – agriculteurs, producteurs d’éthanol, constructeurs automobiles et distributeurs de carburant – ont réalisé des investissements importants pour répondre aux engagements du gouvernement et de l’Union Européenne en faveur d’une politique d’énergie renouvelable, Aujourd’hui ils offrent aux consommateurs la possibilité d’utiliser un carburant plus propre et moins cher à la pompe.
Les acteurs de la filière ont besoin cependant de visibilité et de cohérence dans la durée. Les biocarburants répondent  à une vraie question de société face à son avenir énergétique et environnemental, et dans ce contexte, sans être LA solution, ils représentent une solution qui doit être valorisée à sa juste valeur et en combinaison avec d’autres solutions, comme les changements de comportements. Le rôle des pouvoirs publics dans le succès de cette politique reste crucial.
Les engagements demandés par l’Etat aux acteurs privés doivent être complétés par la détermination du gouvernement à tenir ses propres engagements pour réussir le passage du « tout pétrole » à des énergies durables (dont les biocarburants). Le maintien d’un cadre stable au soutien public reste indispensable à la filière naissante.
Nous pensons que le gouvernement devrait pouvoir corriger le tir »…

Comment sont reconnus les biocarburants en Suède : un pays qui fait office de pionnier en Europe ?

« La Suède est un pays modèle en Europe, pour ce qui est de l’utilisation des biocarburants. Mais, là-bas aussi, les choses ne se sont pas faites sans peine au démarrage ! Il a fallu 10 ans à la Suède pour disposer de 100 pompes E85 (il y en a 1000 aujourd’hui sur le territoire) alors que la France en compte 200 au bout d’un an ! La Suède offre un modèle de politique cohérente dans la durée. Les acteurs bénéficient de la part des pouvoirs publics des garanties de soutien dans le temps, qui ne semblent pas liés à des échéances électorales mais à une vraie volonté d’améliorer l’environnement. Au bout de la chaîne, les consommateurs sont encouragés (par des incitations : parking gratuit, exonération du péage urbain...) à acquérir des véhicules flex fuel, considérés là-bas comme la référence des véhicules propres, et se déclarent majoritairement heureux quand on les interroge (NB : en tant qu’utilisateur d’un véhicule flex fuel roulant au E85 depuis plus d’un an, je me range bien évidemment dans le camp des satisfaits et convaincus). Dans la ville de Stockholm, de très nombreux bus roulent à l’éthanol. Les  Suédois se réjouissent de voir la France suivre leur voie ».

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