Ne cherchez pas dans vos archives ! Il s’agit bien du record du monde de la plus basse consommation réalisé par un prototype automobile. Un record battu par les ingénieurs en herbe du lycée de la Joliverie de Nantes. Un exploit réalisé ce printemps sur le circuit de Nogaro dans le Gers lors de la 24ème édition d’une épreuve spectaculairement relancée par le pétrole hors de prix et la chasse au gaspillage qui en résulte.
3 382 km, c’est approximativement la distance entre Paris et Le Caire, répétons-le, tout cela avec un seul litre d’essence (du SP 95) utilisé !
Cette année, la compétition est devenue encore plus internationale, enjeu planétaire de l’énergie oblige ! On notait quelque 200 engagés, pour la plupart des élèves ingénieurs et spécialistes du design (on le verra, le CX est très important pour gagner). Ils représentaient 25 nationalités : l’Europe fournissant les plus gros bataillons. On rencontrait aussi au détour des paddocks Singapore, la Turquie, la Bulgarie, le Maroc et même l’Iran.
La meilleure définition du Shell Eco Marathon nous est donnée par Jeroen van der Veer, Directeur Général de Royal Dutch Shell. Il s’agit selon lui « d’une plateforme majeure en matière d’innovation technologique ». C’est l’occasion de montrer que des technologies inventives existent et « qu’elles garantiront l’avenir de la mobilité ».
Deux catégories de véhicules se sont affrontées sur le circuit de Nogaro : d’abord les prototypes, futuristes, à trois ou quatre roues dont seul compte la réduction de la consommation.





Ensuite les « Urban-concepts », des véhicules à quatre roues, plus proches de la production automobile actuelle et qui pourraient bien déboucher sur de vraies petites voitures dédiées à la circulation dans nos villes.

Côté énergie employée, toutes les solutions classiques (essence, gazole, GPL) ou plus révolutionnaires étaient présentes dans le Gers : biocarburants, GTL (Gas to Liquid, autrement dit, un carburant de synthèse), énergie solaire.

32 équipages avaient choisi ce que tous les spécialistes considèrent comme le carburant propre des années 2050, l’hydrogène. La plupart d’entre eux allaient se fournir chez Air Liquide, présent sur le circuit, l’hydrogène étant conditionné en petites bonbonnes.

De quoi parcourir 848 Km pour les vainqueurs de l’Institut hollandais de La Hague. Le moteur H2 est peu encombrant. Il allie à la fois simplicité et sophistication. Un concurrent italien n’a cependant fait confiance qu’à lui-même pour produire le précieux H2, emportant sur son véhicule le réservoir d’eau indispensable, cela bien sûr au détriment du poids !
On trouve même des panneaux solaires sur le toit. Attention tout de même, ce concurrent courrait sous les couleurs de l’Institut Ferrari de Maranello ! La Ferrari à hydrogène est peut-être née à Nogaro. A noter cependant que plus de la moitié des concurrents a choisi de rouler à …l’essence, une énergie qui, d’après les mêmes spécialistes, a encore de beaux jours devant elle.
Voitures, vous avez dit voitures... pas si simple. Regardons ensemble le numéro 210 qui court sous les couleurs de l’université ESSTIN de Nancy. La voiture arrive au stand de ravitaillement. Elle est prise en main par les mécaniciens. On peut mesurer la hauteur de l’engin, de l’ordre de 60 centimètres !
Il faut maintenant libérer, « extraire » le pilote. Les assistants séparent l’enveloppe supérieure (en fibre de carbone) de la partie châssis moteur (en bambou !). Et notre concurrente peut enfin sortir de son inconfortable position. Compte tenu que le poids et la taille sont les véritables ennemis de nos prototypes, les pilotes sont majoritairement recrutés chez les jeunes filles.
On l’a compris, ces véhicules ne remplissent pas leur tâche principale, c’est-à-dire transporter des personnes d’un point à un autre dans des conditions de confort et de sécurité habituelle. Mais qu’importe, ce qui compte à Nogaro, c’est le bilan environnemental. Un signe qui ne trompe pas, les réservoirs de carburant ont une capacité maximale d’un litre ; la vitesse n’a que peu d’importance et d’ailleurs, on peut se faire aisément dépasser par un vélo sans rougir. Nogaro est le seul circuit au monde sans décibel ! La consommation du team gagnant est de 0,029 l/100 Km, pour des émissions de CO² de 0,5 gr-Km. Qui dit mieux ?
Côté sponsors, outre Shell, on remarque la présence de Bosch, Michelin et de
SKF ; ils contribuent aux 30 000 euros de prix qui récompensent les meilleures performances, chaque premier prix donnant droit à la somme de 1 500 euros. Les représentants de ces grandes entreprises ne cachent pas qu’ils viennent aussi pour… recruter. Il n’est guère facile en effet de trouver autant de passion, d’intelligence et de savoir-faire en un seul lieu.
Une note d’amertume pour terminer. Pour mieux situer géographiquement le 25ème Eco Marathon, Shell a décidé de quitter Nogaro pour l’Allemagne l’an prochain. Selon nos sources, certains des sponsors pourraient lancer une épreuve parallèle avec pourquoi pas le concours de pouvoirs publics. Des contacts ont déjà été pris avec l’Education nationale. De quoi redonner le sourire à nos concurrents.
Reportage de Gérard Jouany.