Interview
Yves Alexandre, cabinet Geoposis
Pouvez-vous tout d’abord nous présenter ce qu’est Geoposis ?
« GEOPOSIS est une structure légère de conseil stratégique qui intervient comme expert externe, propose des services de veille, de prospective et d’analyse des tendances et qui assure la production et le management de projets collaboratifs de recherche et d'innovation.
GEOPOSIS est ciblé sur le domaine porteur des services, applications et usages du géopositionnement en direction des mobilités durables et des transports terrestres (piétons, 2 roues, véhicules individuels et professionnels, transports en commun).
L’objectif est d’appliquer aux ITS (Intelligent Transport Systems), l’expérience de plusieurs décennies d’innovation, de cultures « services » et d’organisation de l’action publique en matière de systèmes complexes de communications électroniques, dont en particulier les télécoms mobiles ».
Vous venez de participer à la rédaction d’un livre collectif sur le thème « géopositionnement et mobilités ». Qu’est-ce que vont apporter de plus pour la navigation de nouvelles technologies comme Egnos et Galileo ?
« La filière des GNSS (Global Navigation Satellite System), qui a émergé avec le GPS américain, repose sur des principes fonctionnels relativement anciens. Sans vouloir minimiser les enjeux et les progrès technologiques qui permettent d’améliorer les performances des signaux satellitaires utilisables pour calculer des positions géographiques, la révolution numérique en cours concerne surtout les progrès réalisés dans la « chaîne de valeur » terrestre, en aval du système satellitaire lui-même. C’est grâce à la puissance et l’universalité des normes IP (Internet Protocol), aux progrès fulgurants des terminaux de grande diffusion (dont les téléphones mobiles et les smartphones), aux investissements effectués dans les cartographies numériques et autres bases de données géopositionnées, aux initiatives publiques de régulation ou de nouveaux services publics, aux nouvelles organisations des architectures informatiques que le géopositionnement se développe.
Dit autrement, l’assistance à la conduite par la navigation ne relève pas seulement d’un progrès technique, mais d’une dynamique collective, publique/privée et fédératrice au niveau du développement des services et systèmes applicatifs.
Tout l’intérêt, à mon sens, de cet ouvrage collectif « Géopositionnement et mobilités (GPS, Egnos et Galileo...) » co-dirigé par l’UTBM (Université de Technologie de Belfort Montbéliard) et l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) est d’avoir permis à des spécialistes de multiples horizons (le CNES, l’UTBM, l’EPFL, des avocats, …) d’être réunis dans un travail prospectif pluridisciplinaire.
Nous sommes dans une économie en migration, initialisée par l’ouverture aux applications civiles du GPS et l’enjeu, comme avec actuellement EGNOS ou dans quelques années GALILEO (aux environs de 2013), est l’amélioration en continu des performances. EGNOS est une « hybridation » du GPS (à savoir l’introduction de signaux complémentaires à ceux du GPS). EGNOS est le volet européen de la trilogie mondiale WAAS, Wide Area Augmentation System. Il permet l’amélioration de la qualité du calcul de positionnement au niveau du terminal, en termes de précision géographique (de l’ordre du mètre) et surtout en termes de fiabilité et de contrôle de la performance réelle. De nombreuses applications dans les transports ne peuvent se contenter de performances moyennes alléchantes mais exigent des données toujours et réellement fiables, voire certifiées. C’est pour circonscrire les irrégularités de performances du GPS, inutilisable pour faire atterrir un avion, qu’EGNOS a été créé. L’apport d’EGNOS est d’ores et déjà exploitable au sein des chaînes applicatives puisque les « puces GPS » actuelles sont couramment « compatibles WAAS ».
Pour l’utilisateur final, la qualité finale du géopositionnement obtenu ne dépend pas uniquement d’EGNOS. Si les cartes ou bases de données sont imprécises, vieilles ou sans les bons points d’intérêt à jour et adaptées à son type de mobilité, de véhicule ou de route, la qualité de service n’est pas atteinte.
Avec GALILEO, ce sera encore plus de précision, un meilleur contrôle de la performance de la mesure, une couverture mondiale. Avec GALILEO, il s’agit aussi de passer d’une situation monopolistique à une situation concurrentielle, avec une pluralité d’offres (un GPS nouvelle génération, un système russe, un système asiatique). Un des avantages concrets de cette pluralité régulée au plan mondial (par exemple GALILEO et GPS sont compatibles et seront reçus par les mêmes puces « muti-standard » intégrées dans les terminaux) est d’améliorer la qualité de réception des signaux satellitaires (en « voyant » à la fois des satellites GALILEO et GPS). Ceci sera important pour la continuité et la fiabilité des applications dans les « canyons urbains » que sont les villes aux rues étroites et/ou aux immeubles hauts ».
Quels sont d’après vous les nouveaux services liés à la géolocalisation et qui apparaîtront dans le futur ?
« Si actuellement les applications du géopositionnement sont répandues en matière d’aide à la navigation ou de systèmes de gestion de flotte de véhicules, des champs importants de progrès existent, pour plus d’interopérabilité entre les applications, plus de fiabilité, de maîtrise et de visibilité par l’usager final dans la qualité des cartes et sources d’information, pour plus de diversité dans les « web services » proposés sur mobiles.
La question de l’ergonomie, voire de leur dangerosité, lors de leur emploi en situation de conduite automobile est aussi un axe de progrès.
Un autre champ d’application du géopositionnement se situe dans le télépéage, les contrôles d’accès et le suivi de mobilité sur des infrastructures, des zones d’activités ou des lieux de vie (routes, aéroports, campus, espaces industriels, parcs de loisirs). En particulier dans le contexte global, dans les pays développés, de croissance des trafics plus élevée que celle des capacités des infrastructures, les télépéages par positionnement satellitaire couplés avec des communications avec le véhicule par les réseaux de télécoms sont des solutions ouvertes, interopérables, et respectueuses de l’environnement (il n’y a pas d’infrastructures physiques, comme des portiques, à créer).
De multiples autres applications du géopositionnement concernent le suivi et contrôle des mobilités des personnes, des biens ou des véhicules. Il s’agit d’un champ foisonnant d’innovations applicatives des GNSS pour la gestion des matières dangereuses ; pour la gestion de contrats d’assurances et d’usages ; pour le traitement des vols, pour les localisations en cas de panne ou d'accident…
Naturellement, les enjeux de sécurité constituent des champs d’investigation prometteurs pour lesquels ce n’est pas tant les technologies des équipements qui sont en jeu que les conditions d’offre des services. L’UTBM par exemple participe à un projet européen de test en vraie grandeur d’applications de sécurité (Cf. telefot.eu).
Le géopositionnement sera omniprésent dans le véhicule du futur qui sera communicant avec les infrastructures externes et avec ses occupants, conducteur et passager, ces derniers étant des ex-piétons et/ou des porteurs de terminaux mobiles. Il s’agit des systèmes d’information trafic, d’organisation des urgences, de gestion des trafics et des congestions et des incidents, ou encore d’assistance aux usagers pour leur choix d’itinéraires et de préparation de leurs déplacements.
Le géopositionnement sera aussi directement intégré dans les équipements embarqués des « véhicules intelligents », servant notamment à des fins de confort, d’assistance à la conduite, voire à terme d’éléments d’optimisation, de contrôle de la certification (comme les « boîtes noires ».).
Enfin, ces prochaines années, EGNOS, avec sa forte probabilité de précision métrique, va ouvrir la porte à un « tourisme de précision » fondé sur des solutions intégrées permettant l’accès à des contenus multimédia enrichis et géopositionnés avec précision ainsi qu’à des services culturels « sans couture » et disponibles en tout point de territoires touristiques et de loisirs, en situation de mobilité ».
> Site de Geoposis
> Plus d'infos